Le cinéma va plus vite que son public. Encore une fois la preuve vient d’en être faite : film incompris et méprisé, The Patsy n’avait qu’un seul défaut, celui de venir après The Nutty Professor, et de ne lui point ressembler. Tout ensemble, et avec une même vanité, critiques et spectateurs ne s’y retrouvant plus (ne s’y reconnaissant pas) ne voient pas que cette œuvre est un pas en avant et qu’elle les dépasse.
Alertés du génie de Lewis par la publicité faite autour de son précédent film, ils s’y pressent en troupeau et collectivement lui font un succès, qu’ils s’attribuent ensuite, cela est naturel. Mais que celui qui reçoit (le spectateur) veuille se substituer à celui qui agit (l’artiste) est par trop scandaleux : l’évolution d’un homme est son affaire, en somme, et l’honnêteté qu’on est en droit d’exiger des spectateurs consisterait à se plier au film, à le laisser se faire, et puis à s’étonner : le cinéma est un miracle.
Jerry dans l’île
Et puisqu’il faut remonter tout en haut, commençons au début. C’est avec Cinderfella que se révéla pour la première fois la solitude de Lewis. Mais les circonstances n’avaient rien arrangé : Lewis, qui devait mettre en scène le film, en laissa finalement la responsabilité à Tashlin, qui ne réussit à en faire qu’une œuvre bâtarde, mais fascinante aussi, dans la mesure où s’y rencontraient enfin les aspirations convergentes de deux artistes dissemblables.
Où finit Tashlin et où commence Lewis, c’est ici qu’on le trouve. Au niveau des thèmes d’abord : ce qui, chez Tashlin, n’est finalement que le combat d’un homme avec un décor impossible, le monde, devient chez Lewis l'aspiration démente à dominer ce monde. Et l’on pense à cette scène où Jerry prend déjà une première figure de Mister Love : surplombant du haut d’un escalier immense la foule médusée, il en fait son objet, et séduit la princesse... Qu’on est loin du Jerry impuissant que les machines encerclent ! Mais Tashlin est là, avec sa mise en scène : d’où vient que le personnage soit encore ici désordonné, tiraillé entre deux aspirations, n’étant déjà plus drôle mais pas encore effrayant. La perversité du cinéma de Tashlin et la pureté déjà naissante de celui de Lewis se font ici la guerre, et tous deux sont vaincus.
Mais laissons donc Tashlin pour parler de Lewis. Voici : la phrase la plus significative de Cinderfella est celle que prononce Jerry quand il décide de changer : « I’m going to be me in reverse » (« je vais être l’envers de moi-même »). Déjà, cette obsession des doubles, ce désir incontrôlé d’inverser sa nature, et la peur qui s’ensuit. Car, ici comme dans The Nutty Professor, il y a toujours, après la fascination de l’inverse, une panique encore plus forte qui oblige Jerry à souhaiter ce retour à l’endroit du décor, où il n’arrive jamais. « Je veux être moi-même, je veux qu’on m’aime pour ce que je suis », lui arrive-t-il de dire.
Et ce n’est pas pour rien qu’il nous rappelle ici cet étranger dont parle Lovecraft : venu des profondeurs, il découvre (comme dans un rêve) un château identique à celui, souterrain, où il passa sa vie. Ne sachant pas encore qu’il est l’envoyé de puissances diaboliques qui, de derrière le miroir, le guident, il ne découvre son apparence affreuse qu’une fois confronté avec son image, de l’autre côté d’une surface de verre. Et il ne peut lutter contre lui-même, en somme. Les rythmes qui animent Jerry ne sont pas de ce monde, les musiques sur lesquelles il balance nous sont donc étrangères, et de langue profane : « Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn », l’appel de Cthulhu.
Présence du fantastique
S’il est un film sur la conquête du monde, c’est bien The Patsy. Après cet avion qui s'écrase dans un décor d’eau et des couleurs de feu, le ton du film nous est déjà donné. Et si l’on cherche un remplaçant, il n’y a rien là d'extraordinaire, puisqu’ainsi commençait The Bellboy, et l’œuvre de Lewis. Ce qu’il faut surtout dire, c’est que ce groupe est un groupe de survivants : comme ils n’existaient que par la magie de leur maître, l’acteur, et que celui-ci est mort, ils deviennent dès lors une puissance commune et diabolique, qui essaiera d’entraîner Jerry dans ses machinations, sans se rendre compte de l’invincibilité de l’être qu’ils convoitent. En effet, Jerry ne prouve-t-il pas sa force en échappant (grâce au générique) à une première mort dès le début du film ? Leur faute sera donc de vouloir faire de Jerry (qui est destiné à devenir leur maître) un esclave.
Si le pouvoir de Jerry est plus grand que celui de ses complices, c’est à sa solitude qu’il le doit : voulant être le seul au monde, il est, plus que les autres, capable de le dominer. Et sa force vient aussi de ce que, pour la première fois, il est pleinement conscient des armes qu’il possède : alors que dans The Bellboy il utilisait de travers un appareil photographique enchanté, il ne se sert maintenant que des armes qu’il connaît : les gens. Fort de son expérience, il sait qui sont les personnes et les humains, les hommes et les monstres.
Effrayé encore un peu au début, il affronte quand même son destin : refusant, ainsi que dans The Errand Boy, le rêve agréable, il ne s'entoure que de cauchemars qui l’obligent à aller de l'avant. Au lieu de croire ce qui lui était agréable, mais illusoire, c’est sa réalité que maintenant il recherche, si pénible fût-elle. Ce qui explique la vitesse avec laquelle il apprend ce qu'il est dès le commencement : les multiples déguisements dont on le pare ne lui sont étrangers que pour un temps, et il a vite fait de s'en accommoder.
Après quelques épreuves, celle du coiffeur, celle du professeur de chant surtout — dernier avertissement avant l’œuvre à entreprendre et preuve de puissance —, après nous avoir bien fait comprendre que ce décor lui était étranger (les vases fragiles et précieux, les chaises dont on se sert à l'envers), il provoque son éclatement, et il est sur sa route.
Encore une précaution : avant de montrer ce trio qui est trois fois Jerry, un travelling d’avertissement pour préparer le spectateur. Et c’est déjà la course : il s’impose tout seul, prenant en lui des ressources comiques qu’on ne lui connaissait pas. Et, pour bien montrer la distance qui le sépare de son passé (flash-back), il donne de lui une image : celle très exactement du héros de The Ladies Man, emporté par ses excès, incapable de les contrôler. C’est presque d’un autre monde qu’il nous parle alors, d’une fille qui ressemble étrangement à celle qu’il vient de rencontrer, mais c’est un monde qui ne lui est plus rien.
Comme ne lui est plus rien tout ce cinéma qu’il se décide enfin pour son compte à recommencer : après tous les gags subtils qui parsèment le film (celui du cheveu est l’un des plus beaux), il se sert de la leçon du cinéma muet, pour finalement le surpasser dans l’hommage qu’il lui rend. Plus d'attendrissement ici, et plus de pitié. Tout est bon pour vaincre, et le sérieux de la réunion finale est là pour le prouver. Arrivé à ses fins (devenu grande vedette), il a rempli enfin la première partie de sa mission qui consistait à conquérir le public. Conquérir le monde en sera la suite logique.
Le deuxième discours
Un deuxième aspect du film, tout aussi passionnant, montre bien que Lewis est tellement impatient de tout redécouvrir qu’il entreprend toutes à la fois des œuvres convergentes, d’où la difficulté qu'il y a parfois à les comprendre toutes. Ce qu’il explique ici, c’est son ascension de comique, toutes les étapes étant pour nous indiquées, et la route tracée. Depuis cette force comique que possède en puissance le personnage, et qui dans ses films précédents (The Errand Boy, en particulier) demeurait inconsciente.
Au départ, dans The Patsy, quelques hésitations : il commence par être ridicule, inconscient à ce moment de ce ridicule, comme de la vertu comique de ce ridicule. Puis, quelques blagues ratées. Instant fondamental : la rencontre chez le coiffeur entre l’impassibilité (Lewis) et l’innocence (le cireur noir), qui oblige pour la première fois Jerry à mesurer toute la force du comique inconscient. Fort de sa découverte, il s’enrichit alors de son observation du monde, dont il fait son objet. Pour l’enregistrement de son disque, il a déjà compris, et d’une cravate rayée, il fait une guitare. Chaque instant du film n’est plus désormais qu’une étape de l’ascension d'un homme : ascension irrésistible, il va sans dire. Puisque même la mort ne peut plus le toucher et qu’il peut désormais nous montrer l'envers de son décor et, de lui, ses images.
Le spectacle et le monde
Comme tous les cinéastes du spectacle, et comme Hitchcock surtout, Lewis adore la surenchère ; et si, dans Marnie, A.H. réalise le miracle de nous faire croire à une scène truquée (celle de l’accident à cheval) tout en nous montrant bien qu’elle n'est pas naturelle, Lewis peut se permettre aussi de répéter à volonté le même gag, nous en montrant ainsi la clé, mais nous mettant au défi de le recommencer. À chaque fois, il faut montrer que le génie, c’est ce qu’il y a en plus.
Mais ici, l'ambition est démesurée : comme Guitry, Lewis essaie de jouer tous les personnages, et de résumer en lui-même le spectacle qu’il donne, et puis aussi le monde. D’où une ambition de sociologue, que ne dément nullement le propos du film : ainsi ces images de teenagers qui dansent, suivies d’une autre où les protagonistes ne sont plus que de tous jeunes enfants. Et cependant, dans tout cela aucune méchanceté, mais un regard très pur sur notre monde entier et ses vicissitudes.
Car Lewis recommence pour lui-même tout le chemin de l'art : avec cette innocence qui n’appartient qu’aux grands, il fixe son regard sur toutes les planètes ; d’où vient que se succèdent des scènes dramatiques et leurs suites illogiques, images fixées d’une curiosité qui brûle les étapes. Se rapprochant et s'éloignant d’un monde déjà lointain, c’est ce monde en entier qu’il nous donne à revoir, et qui n'est que lui-même : on n'est même plus surpris du traditionnel discours (et qui sort tout droit de sa bouche) qu’il fait prononcer à Ina Balin (« c’est la gentillesse qui... », etc.). Le cinéma de Lewis commence à nous devenir intime.
O cinema vai mais rápido do que seu público. Mais uma vez, a prova acaba de ser dada: filme incompreendido e desprezado, O Otário (The Patsy) tinha apenas um único defeito, o de vir logo após O Professor Aloprado (The Nutty Professor), e de não se parecer em nada com ele. Todos juntos, e com uma mesma vaidade, críticos e espectadores, já não se encontrando nele (e nele não se reconhecendo), não veem que esta obra é um passo adiante e que os ultrapassa.
Alertados do gênio de Lewis pela publicidade em torno de seu filme anterior, eles correm em massa e, coletivamente, garantem um sucesso que depois atribuem a si mesmos — o que é natural. Mas que aquele que recebe (o espectador) queira se substituir àquele que age (o artista) é escandaloso demais: a evolução de um homem é assunto seu, afinal, e a honestidade que se tem o direito de exigir dos espectadores consistiria em se dobrar ao filme, deixá-lo acontecer, e então se surpreender: o cinema é um milagre.
Jerry na ilha
E já que é preciso remontar até o topo, comecemos do início. Foi com Cinderelo sem Sapato (Cinderfella) que a solidão de Lewis se revelou pela primeira vez. Mas as circunstâncias não ajudaram: Lewis, que deveria ter dirigido o filme, acabou deixando a responsabilidade para Tashlin, que só conseguiu fazer dele uma obra híbrida, mas também fascinante, na medida em que finalmente se encontravam ali as aspirações convergentes de dois artistas dissemelhantes.
Onde termina Tashlin e onde começa Lewis é aqui que se descobre. No nível dos temas, em primeiro lugar: o que, em Tashlin, não passa do combate de um homem com um cenário impossível — o mundo —, torna-se em Lewis a aspiração demente de dominar esse mundo. E pensa-se naquela cena em que Jerry já assume uma primeira forma de Mister Love: do alto de uma escadaria imensa, dominando a multidão petrificada, ele faz dela seu objeto e seduz a princesa... Como estamos longe do Jerry impotente cercado pelas máquinas! Mas Tashlin está lá, com sua direção: daí o fato de o personagem ainda ser desordenado aqui, dividido entre duas aspirações, já não sendo engraçado, mas ainda não sendo assustador. A perversidade do cinema de Tashlin e a pureza nascente do de Lewis guerreiam aqui, e ambos saem derrotados.
Mas deixemos Tashlin para falar de Lewis. Eis: a frase mais significativa de Cinderfella é aquela pronunciada por Jerry quando ele decide mudar: «I’m going to be me in reverse» ("vou ser o inverso de mim mesmo"). Já está presente essa obsessão pelos duplos, esse desejo descontrolado de inverter sua natureza, e o medo decorrente. Pois, aqui como em O Professor Aloprado, há sempre, após a fascinação pelo inverso, um pânico ainda maior que obriga Jerry a desejar o retorno ao lado correto do cenário, aonde ele nunca chega. "Quero ser eu mesmo, quero que me amem pelo que sou", acontece de ele dizer.
E não é à toa que ele nos lembra aqui aquele estranho de quem fala Lovecraft: vindo das profundezas, descobre (como num sonho) um castelo idêntico àquele, subterrâneo, onde passou a vida. Sem saber ainda que é o enviado de forças diabólicas que o guiam de trás do espelho, ele só descobre sua aparência horrorosa ao ser confrontado com sua imagem, do outro lado de uma superfície de vidro. E ele não pode lutar contra si mesmo, em suma. Os ritmos que animam Jerry não são deste mundo; as músicas sobre as quais ele balança nos são, portanto, estranhas, e em língua profana: «Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn», o chamado de Cthulhu.
Presença do fantástico
Se existe um filme sobre a conquista do mundo, é sem dúvida O Otário. Após aquele avião que se espatifa num cenário de água e cores de fogo, o tom do filme já nos é dado. E se buscam um substituto, não há nada de extraordinário nisso, pois era assim que começava O Mensageiro (The Bellboy) e a obra de Lewis. O que é preciso dizer, sobretudo, é que esse grupo é um grupo de sobreviventes: como eles só existiam pela magia de seu mestre, o ator, e como este morreu, eles se tornam a partir de então uma força comum e diabólica, que tentará arrastar Jerry em suas maquinações, sem se dar conta da invencibilidade do ser que cobiçam. Afinal, Jerry não prova sua força ao escapar (graças aos créditos iniciais) de uma primeira morte logo no início do filme? A falta deles será, portanto, querer fazer de Jerry (que está destinado a se tornar o mestre deles) um escravo.
Se o poder de Jerry é maior do que o de seus cúmplices, é à sua solidão que ele o deve: querendo ser o único no mundo, ele é, mais do que os outros, capaz de dominá-lo. E sua força vem também do fato de que, pela primeira vez, ele está plenamente consciente das armas que possui: enquanto em O Mensageiro ele usava de forma errada uma câmera fotográfica encantada, agora ele só se serve das armas que conhece: as pessoas. Munido de sua experiência, ele sabe quem são os indivíduos e os humanos, os homens e os monstros.
Ainda um pouco assustado no início, ele enfrenta assim mesmo o seu destino: recusando, como em Mocinho Encrenqueiro (The Errand Boy), o sonho agradável, ele só se cerca de pesadelos que o obrigam a ir em frente. Em vez de acreditar no que lhe era agradável, mas ilusório, é a sua realidade que ele agora procura, por mais dolorosa que seja. Isso explica a velocidade com que aprende o que é desde o começo: os múltiplos disfarces com que o adornam só lhe são estranhos por um momento, e ele logo se acomoda a eles.
Após algumas provações — a do cabeleireiro, e sobretudo a do professor de canto, último aviso antes da obra a empreender e prova de poder —, depois de nos fazer compreender claramente que aquele cenário lhe era estranho (os vasos frágeis e preciosos, as cadeiras usadas ao contrário), ele provoca sua explosão e segue seu caminho.
Mais uma precaução: antes de mostrar esse trio que é três vezes Jerry, um travelling de aviso para preparar o espectador. E já começa a corrida: ele se impõe sozinho, tirando de si recursos cômicos que não se conheciam nele. E, para mostrar bem a distância que o separa de seu passado (flashback), ele dá de si uma imagem: a exata imagem do herói de O Terror das Mulheres (The Ladies Man), levado por seus excessos, incapaz de controlá-los. É quase de um outro mundo que ele nos fala então, de uma garota que se parece estranhamente com aquela que ele acaba de conhecer, mas é um mundo que já não significa nada para ele.
Como já não significa nada todo esse cinema que ele decide, finalmente por conta própria, recomeçar: após todos os gags sutis que povoam o filme (o do fio de cabelo é um dos mais belos), ele se serve da lição do cinema mudo para, no fim das contas, ultrapassá-lo na homenagem que lhe presta. Nada mais de sentimentalismo aqui, nada de piedade. Tudo é válido para vencer, e a seriedade da reunião final está lá para provar. Alcançados os seus objetivos (tornado uma grande estrela), ele cumpriu enfim a primeira parte de sua missão, que consistia em conquistar o público. Conquistar o mundo será a sequência lógica.
O segundo discurso
Um segundo aspecto do filme, igualmente apaixonante, mostra bem que Lewis está tão impaciente para redescobrir tudo que empreende, todas ao mesmo tempo, obras convergentes — daí a dificuldade que há às vezes em compreendê-las por inteiro. O que ele explica aqui é sua ascensão como comediante, com todas as etapas indicadas para nós e o caminho traçado. Desde essa força cômica que o personagem possui em potência e que, em seus filmes anteriores (Mocinho Encrenqueiro, em particular), permanecia inconsciente.
No início, em O Otário, algumas hesitações: ele começa sendo ridículo, inconsciente naquele momento desse ridículo, bem como da virtude cômica desse ridículo. Depois, algumas piadas fracassadas. Momento fundamental: o encontro no cabeleireiro entre a impassibilidade (Lewis) e a inocência (o engraxate negro), que obriga Jerry pela primeira vez a medir toda a força do cômico inconsciente. Fortalecido por sua descoberta, ele se enriquece então com sua observação do mundo, do qual faz seu objeto. Para a gravação de seu disco, ele já compreendeu, e de uma gravata listrada faz uma guitarra. Cada momento do filme já não é senão uma etapa da ascensão de um homem: ascensão irresistível, diga-se de passagem. Pois até a morte já não pode tocá-lo, e ele pode agora nos mostrar o avesso de seu cenário e, dele próprio, suas imagens.
O espetáculo e o mundo
Como todos os cineastas do espetáculo, e como Hitchcock sobretudo, Lewis adora o excesso; e se em Marnie, Hitchcock realiza o milagre de nos fazer crer numa cena truada (a do acidente a cavalo) ao mesmo time em que nos mostra claramente que ela não é natural, Lewis pode se dar ao luxo de repetir à vontade o mesmo gag, mostrando-nos assim a chave, mas nos desafiando a recomeçá-lo. A cada vez, é preciso mostrar que o gênio é aquilo que vem a mais.
Mas aqui a ambição é desmedida: como Guitry, Lewis tenta interpretar todos os personagens e resumir em si mesmo o espetáculo que oferece e, também, o mundo. Daí uma ambição de sociólogo, jamais desmentida pela proposta do filme: como essas imagens de adolescentes dançando, seguidas por outra em que os protagonistas já são apenas crianças pequenas. E, no entanto, em tudo isso não há maldade alguma, mas um olhar muito puro sobre nosso mundo inteiro e suas vicissitudes.
Pois Lewis recomeça para si mesmo todo o caminho da arte: com essa inocência que só pertence aos grandes, ele fixa seu olhar sobre todos os planetas; daí se sucederem cenas dramáticas e suas sequências ilógicas, imagens fixadas por uma curiosidade que queima etapas. Aproximando-se e afastando-se de um mundo já distante, é esse mundo por inteiro que ele nos dá a rever, e que é ele próprio: já nem nos surpreendemos com o discurso tradicional (e que sai direto de sua boca) que ele faz Ina Balin pronunciar («é a gentileza que...», etc.). O cinema de Lewis começa a nos se tornar íntimo.
Jean-Louis NOAMES
Jerry Lewis. Texto publicado em Janeiro—1965.